HEC vient de lancer son clip vidéo promotionnel de recrutement. Après la crise financière, l’affirmation du développement durable, la remise en question de l’entreprise en général, du management tel que l’enseigne la vénérable Haute Ecole, la tentative vaut qu’on s’y intéresse.
Prologue : J’imagine le brief entre le responsable HEC du projet et l’agence…
— Il nous faut recruter de nouveaux élèves, les bons partent à l’étranger, on a une image quoiqu’on dise assez franco-française, et puis, les jeunes se méfient, ils nous voient un peu comme une école ringarde, accrochée aux valeurs du Médef et de Laurence Parisot, qu’on invite d’ailleurs régulièrement prêcher la bonne parole… Alors que la vérité est ailleurs, d’après un quotidien économique anglais, on serait la première école d’Europe, dingue non ?
— Bien sûr, oui, c’est possible, a répondu le consultant-commercial, tout est possible, d’ailleurs on a déjà travaillé sur un projet similaire pour un producteur de petits pois, qui avait un peu les mêmes problèmes que vous, enfin… je veux dire…
— Moui, a rétorqué le bon missionnaire d’HEC, on a vu un clip sympa fait par votre agence, avec des petits bonhommes verts en 3D…
— Ha oui, oui, c’est nous ! C’est bien nous !
— Bin voilà, le même.
— Vous avez un budget ?…
— Bien sûr, s’est renfrogné le bon commanditaire, mais on va pas vous le dire, hein, on n’est pas bête.
— Hi hi hi ! j’ai tenté !
— De toute façon, votre boss est un ancien de l’Ecole, il nous a dit que ça lui faisait plaisir pourvu qu’il puisse communiquer dessus… Voyez avec lui, et rendez-nous votre proposition dans … heu… on est jeudi ? Bin Lundi, ça me paraît bien.
Heureusement, la bonne agence dispose d’une vraie équipe de créatifs et quand le commercial revient dans les locaux de son agence de l’Ouest Parisien, il se dit : “Tous en charrette… Bon, on va se débrouiller…” Et il faut dire que, de prime abord c’est pas si mal !
Un petit bonhomme en 3D façon Playmobil ™, grâce aux bons enseignements de l’école, parvient aux plus hauts sommets de l’entreprise.
Découpons un peu le scénario.

Tout commence par un diplôme bidon
C’est pas moi qui l’invente : le diplôme remis n’existe pas ! D’accord, on va dire que c’est symbolique. Remarquez la tradition cachet de cire du roi, rien que du moderne. Ha oui, on dit HEC Paris mais c’est à Jouy-en-Josas, un bled perdu, des transports en commun façon wagon de fer ou la route pour les plus riches, parking assuré entre les Jaguars ringardes des quelques profs consultants.

La diversité et la parité portées par un seul personnage... Du travail en perspective...
Ensuite, c’est l’accueil ? Bin non, à peine arrivé dans l’histoire, on repart dare-dare… Pas la peine de rester, on est juste venu chercher un diplôme… Où sommes-nous ? On dirait une pyramide, un truc de franc-maçon pour évoquer le fameux Réseau HEC ? Mystère….
Le jeune diplômé, propulsé dans la vie comme dans un manège de foire, n’aura donc d’autres possibilités que de suivre les rails tracés par l’Ecole. Première étape : l’attraction n°1, l’argent, la gloire (mais pas la beauté), le pouvoir ? Non, non, berk, caca ! C’est bien connu, on ne fait pas HEC pour ça…

Premier Job : de l'argent ? Berk ! Caca !
La crise financière met donc bien à mal la première vocation des élèves sortis d’HEC. Les filières de la finance ont pourtant tiré la majorité des élèves des grandes écoles de commerce… Non, non, mon fils, je ne t’ai pas payé des études à HEC pour que tu finisses plein de pognon !

Patron pollueur ? Ha non, résistons !
Alors un petit tour dans une usine pétrochimique ? Un contrat de travail offert par un patron pollueur ? Que nenni, non seulement le jeune a appris à détester l’argent, mais en plus, il a de l’éthique. D’ailleurs, il sait reconnaître un bon d’un mauvais patron : un autre film, dédié à l’intégration d’HEC, que l’on présente à tout nouvel arrivant à l’école, liste toutes les sociétés dirigées par des anciens élèves de HEC. Ça rend la tache plus facile.

Alors, faire carrière petit, ça te dit ?
Alors, contre un mauvais job, échangeons une vraie carrière. Évidemment, vous aurez remarqué que le gentil DRH est douteux : même cravate rouge que le gros pollueur, mal rasé… Brrr ! on en frémit d’avance.

Le pauvre étudiant dévoré par l'entreprise bureaucratique...
Si vous ne le saviez pas, le clip vous apprend au passage que la vie, c’est comme un manège de foire, une sorte de train fantôme sur lequel vous vous laissez balloter au gré des rails. Mais pas d’inquiétude, on imagine bien qu’à la fin, ce ne sera pas une voie de garage.

Le voici donc à traiter des dossiers sur un vieil ordinateur pourri... Mais pourquoi j'ai fait HEC ?
Une image sans doute dégradante de l’entreprise à papa : on s’amuse pas, l’ambiance à l’air au travail, à moins que ce ne soit les piles de dossiers de candidatures pour passer le concours de l’Ecole ?

Heureusement, en se laissant porter par le wagon HEC, on arrive toujours à bonne gare...
Bref, on ne saura pas… L’horizon s’éclaire soudain : finie la paperasse, nous voici transporté dans le couloir de la direction (?). Notre jeune diplômé a su se faire remarquer…

Enfin un tableur Excel ? Nan, un Sudoku !
Pourtant un peu tire-au-flan le garçon car, quand on passe le film au ralenti, on peut nettement voir à la place des sérieux histogrammes … un écran de Sudoku ! Ainsi, notre futur patron progresse dans sa carrière comme les employés qu’il va diriger : la méthode jeu vidéo planqué sous le tableur Excel. Mais attention, il n’a pas fait HEC pour rien : pas de Démineur ou de Solitaire, non, le Sudoku c’est quand même drôlement plus intello.

On progresse par les changements de décors : le plus important, on l'a toujours dit, c'est le cadre de travail et non pas le cadre au travail !
Sans doute après avoir terminé sa grille de Sudoku avec succès, on approche progressivement de la bonne paye. Lustre vieillot mais chic, sol en damier et en marbre, tableau de Maître, pardon de Patron… et surtout : le tapis rouge ! Quel beau symbole, plein de légèreté et de modernité.

Il pousse quand même les portes lui-même notre ancien camarade d'HEC, presque un manuel...
Remarquez que notre gentil jeune cadre dynamique qui avait refusé la carrière prometteuse de trader ou de pétrochimiste ne l’avait en réalité pas fait par dégoût de l’argent ou éthique : non, il savait qu’il pourrait encore avoir mieux. Après les portes ornées de petites dorures pour se mettre en bouche, ne voit-il pas deux esclaves, sous-hommes parfaits (la secrétaire et le crane d’œuf) l’attendre sur un piédestal en or ! oui, en or, on comprend que le patron trader du début avec ses quelques billets de monopoly, c’était vraiment un petit joueur…

Tout est or et soumission : ça c'est de la vraie entreprise !
On lui tend le siège, c’est son trône, et figurez-vous que là, il craque : il accepte !

Évidemment, il s'envole dans les hautes sphères...
Et voilà que ça recommence : le siège est en fait un autre manège de foire lui permettant de laisser au bas de l’échelle ses deux petits sbires.
Et là, surprise, le voici toujours seul dans la stratosphère du succès : quelle porte ou fenêtre choisir (à part celle de Microsoft Windows, saurez-vous la reconnaître ?)

Prendre la porte, passer par la fenêtre : un nouveau chapitre du Strategor ?
Ha, c’est difficile de choisir, hein ? Bin pas du tout en fait, parce qu’elle mène toute au même endroit, au succès à l’état pur. Et pour ceux qui comprendraient difficilement les symboles, revoilà le tapis rouge !

Oulà ! ça se corse, comment choisir ? Pas la peine, se laisser guider, ça marche tout seul...

J'ai cru voir une porte de coffre de banque... Bah, mauvaise langue, c'est celle d'un jet privé !
Et voilà encore une femme à sa place : l’hôtesse du jet privé dans lequel on était — ce qui explique le déplacement sinueux de la caméra — donne accès à un monde moderne. Bien sûr, le jet marche au colza.

Y'a bon Noir et Chinetok : la mondialisation vue par HEC ?
Bon, comme c’est un film destiné à des étudiants qui n’ont pas encore suivi les cours d’HEC, il fallait sans doute ne pas faire trop compliqué, ne pas représenter le monde et sa complexité. On va dire ça parce que le noir avec sa boule à la Jackson 5 et ses habits de rasta ou le petit Chinois avec sa peau de jaune, ses petites lunettes grossissant des yeux outrageusement bridés et le petit col Mao sur un habit rouge coco… Ouch ! la mondialisation vue par HEC, c’est pas de la dentelle ! En plus, l’Afrique et l’Asie se feraient la guerre : des infos géopolitiques de premières mains… Prenez des notes.

Heureusement, un diplômé d'HEC, ça a de la poigne.
On a un peu peur de la suite : les sépare-t-il ? Vont-ils s’embrasser ?

Je pense que cela évoque le contrat façon tiers-monde vu qu'ils n'ont pas de stylo et de papier là-bas, on se tape dans les mains... C'est la tradition !
Non, non, notre ex-étudiant est devenu une sorte de diplomate-businessman-prêtre ouvrier, on ne sait pas, mais vive l’amitié entre les peuples !

Une bombe, un attentat ! vite aux abris !
Arg ! C’était pas prévu ! voilà qu’un nuage de poussière envahi l’écran : qui revendique quoi ?

Faux, tout faux : vive les OGM !
Il a refusé le job de pollueur, parce que c’est en réalité un pro des OGM. Hop, avec deux personnes, on mélange, on fait péter un truc et voilà un afro-asiatique avec une valise pleine de pognons à la main. Quel sens des affaires ! A moins que cela ne soit une évocation des stages dans les ONG dont sont friands les HEC dans leur CV, ça fait toujours plus humain… (Remarquez : OGM / ONG, c’est proche).

Retour à la salle du directoire de la RATP
D’ailleurs, après cette petite carrière internationale, le voilà propulsé dans le monde des fonctionnaires de la RATP. Si, si, on reconnait bien la salle, les quais de Bercy à gauche. Ce n’est pas une illusion, en plus tout le monde dort…

Méthode manageriale de pointe : le poing sur la table.
Mais heureusement, grâce aux cours réputés de l’école de management, notre héros sait y faire : le poing sur la table, l’autorité, y’a que ça de vrai !

Mystère de la fiction, c'était pas une table mais une porte vers une autre dimension
Et voilà, le redressement de l’entreprise fait dans la douceur et sans suicide apparent, notre alumni se voit pousser des ailes et s’élance dans les cieux.

C'était pas la RATP mais Montesanto et des graines qui font pousser des éoliennes
Et le voilà qu’il jette dans les prés des graines qui font pousser des éoliennes. Moi je croyais que ça demandait des études préalables, du travail en équipes, des ingénieurs, tout ça, bin non, les éoliennes c’est naturel, suffit de les planter.

Trop drôle la vache, quel humour ! En plus, bien dessinée.
Ça fait même voler les vaches (folles ?). J’admire l’humour original et drolatique de l’école HEC, que j’avais personnellement eu du mal à jauger.

Thank You : le monde remercie notre sauveur
Et voilà, il vole et l’humanité (ou les vaches) le remercie de ses bienfaits, “Thank you” monsieur notre camarade HEC, tu fais du bien à la Terre, et ça c’est bien. Elle est vachement plus belle comme ça.

Allez, reste une place ultime à prendre...
Faut avoir de l’ambition dans la vie et notre petit gars, il en a, de l’ambition. Avec ses petits mains (enfin, on dirait des mains…), il déchire les nuages et constate : reste une place à prendre et il va pas se gêner. Le vieux qui occupe le siège divin devait de toute manière partir à la retraite anticipée suite à un plan … heu je m’égare.

Le message, le slogan, la consigne !
Voilà, voilà la recette miracle qui explique tout : plein de portes et qu’une clé… (ça fait moins d’effet en français, d’ailleurs, c’est connu, notre langue est pauvre).

C'est signé HEC, si si ! Le clip vidéo de recrutement d'HEC, à voir et revoir.
Et la fierté : on est les meilleurs. Avec une belle typographie, style année 50. Y’a du progrès, désormais HEC n’enseigne plus le monde selon les années 20.
Revenons juste une seconde sur le slogan :

Le message, le slogan, la consigne !
Non, ce n’est pas une pub pour SOS Serrurier.com. C’est bien HEC, qui dit qu’il suffit d’une seule clé pour ouvrir toutes les portes du monde, y compris les plus célestielles.
En y réfléchissant, on s’attriste : les diplômés d’HEC ne disposeraient donc que d’une seule clé pour comprendre le monde. En même temps, ça explique bien des choses dans la stagnation des méthodes de management, de l’absence de créativité, des a priori si forts que l’on peut voir au sein des entreprises. Si, aux yeux de l’une des plus grandes écoles de management le monde et sa compréhension est réductible à une seule clé, une seule formule, un seul regard, on frémit et on se repasse l’actualité financière, politique, manageriale,… Ha oui, en effet, une seule clé.
Alors, mon petit, si tu veux faire ton trou dans la vie, va voir HEC, il te montrera qu’avec une seule clé de compréhension du monde, celui-ci n’est pas si complexe et qu’il suffit d’avoir le bon diplôme et le bon réseau puis t’asseoir dans un siège et attendre qu’on te pousse pour se hisser aux plus hauts sommets, qui seront rien qu’à toi tout seul. Clique ici pour t’inscrire ou là-aussi.
Epilogue : étant passé moi-même par HEC (juste un mastère, rassurez-vous), je reste, vous l’avez compris, sidéré par un tel clip. Si quelqu’un connaît la petite histoire, qu’il n’hésite pas à me la faire savoir : pourquoi avoir choisi un tel mode de communication, dans un style aussi ringard ? Un problème de budget ? Un manque de temps ? Une farce faite à l’école ?